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Exhortation

Achille Chavée

La rivière bambou (Bruno Brel)

©Kroll

Croyez-m'en bien mon vieil ami
On a coupé mes ailes
On a brouillé mon ciel
On a miné la terre sous mes pas d'espérance
On a drogué mon coeur on a sali mon rêve
On a tué mon ange on a tué mon âme
On a déchiré mon beau costume
Dans une bagarre d'ivrognes spirituels

Croyez-m'en bien mon vieil ami
Je m'amène chez vous dans un état lamentable

Voulez-vous bien me recueillir
Pour une nuit
Le temps de recharger
Soigneusement
Mes armes
Celles de la colère, de la révolte, de l'amour

Achille Chavée (CD Sawoura)

extrait sonore

Les arbres étaient encore verts et les oiseaux tout bleus
Elle priait pour son grand-frère qui était amoureux
Elle priait pour son grand-père qui finissait boiteux
Et puisque dieu est sévère elle priait même pour dieu

Et elle jetait des cailloux dans la rivière bambou
Et elle jetait des cailloux dans la rivière bambou

Elle avait juste quinze ans des fleurs dans les cheveux
Elle épouserait au printemps un homme déjà bien vieux
Qui lui ferait des enfants beaucoup plus qu'elle n'en veut
Mais ce que disent les parents c'est ce que veut le bon dieu

Alors elle jette des cailloux dans la rivière bambou
Alors elle jette des cailloux dans la rivière bambou

Comme elle s'ennuyait un peu dans son village tranquille
Souvent en fermant les yeux elle rêvait de la ville
On devait y vivre heureux sans plus piler le mil
Et pour rencontrer le bon dieu ce serait plus facile

Qu'en jetant tous ces cailloux dans la rivière bambou
Qu'en jetant tous ces cailloux dans la rivière bambou

Un jour des hommes sont venus avec de grands fusils
ils ont tué la tribu et sa maman aussi
Elle a fui dans la forêt des larmes plein les yeux
Sans comprendre pour de vrai ce que voulait le bon dieu

Elle a jeté des cailloux dans la rivière bambou
Elle a jeté des cailloux dans la rivière bambou

D'autres hommes d'autres fusils des chapeaux de fer blanc
Ont enterré sa famille mis le village en feu
On t'amène à Kigali là-bas tu seras mieux
Au milieu des matiti elle a regardé le bon dieu

Et jeter un dernier caillou dans la rivière bambou
Et jeter un dernier caillou dans la rivière bambou
Et jeter un dernier caillou dans la rivière bambou  

(CD Sawoura ) extrait sonore

ET TU TOMBES POUR LA 3EME FOIS
France Léa / Pascal Martinet

Je t'imagine quelquefois
dans ton drôle de chemin de croix
Et tu tombes pour la troisième fois
J'ai peur pour toi

Je ne fais plus la fermeture des bars
Mais l'ouverture des boulangeries
Je donne mes rendez-vous dans les squares
Je suis dans de beaux draps passé minuit
Je mange des croissants pendant que tu bois
Des doubles-Whisky sans coca

J'aime un homme qui ne te ressemble pas
Avec lui j'ai refais ma tête
Comme on viderait un grenier
Ca sert à quoi de tout garder
Je te laisse deux de mes années
Fais-en des cocottes en papier

Je t'imagine quelquefois
dans ton drôle de chemin de croix
Et tu tombes pour la troisième fois
J'ai peur pour toi

On a joué jusqu'à bout de souffle
Qui a peur de Virginia Woolf
A tes pides je déroulais ma peau
Mes rires sonnaient comme des sanglots
Je te noyais serrant mon cou
Tu m'entraînais dans tes remous

On passait la nuit à toute bière
J'ai touche le septième enfer
Le salaud et la fille perdue
C'est un scénario qui m'plaît plus
Je te laisse le souvenir guignol
Du temps où je n'étais que ta folle

Je t'imagine quelquefois
dans ton drôle de chemin de croix
Et tu tombes pour la troisième fois
J'ai peur pour toi

J'ai plus envie de me foutre en l'air
j'ai pas besoin d'un dernier verre
Vivre ce n'est plus un fardeau
C'est exactement ce qu'il me faut
vivre ça me va comme un gant
J'aurais du y penser avant

 

 

CD ( Belle Saison Pour Les Volcans)

extrait sonore

Fais-moi
Suzanne Jacob / C. Gauthier

Fais-moi du feu dans la peau
Fais-moi du feu sous la peau
Fais-moi du chaud sous la peau
J'entends la marée de l'été

Ne presse pas les moments
Ne hâte pas les serments
Le temps fauché se perdra
Dans les soifs mouillés de l'été

Le temps s'en va où il fait beau
Il va pleuvoir sur les oiseaux
Viens doucement boire à mon eau

Toutes les chaînes rompues
Mille soleils étendus
Les vents couchés entre nous
J'entends la marée de l'été

Le temps s'en va il va faire beau
Il aura plu sur les oiseaux
Viens doucement boire à mon eau

Fais-moi du feu dans la peau
Fais-moi du feu sous la peau
J'entends la marée de l'été

 

CD_Belle saison pour les volcans

Extrait sonore


Graine d'ananar
Léo Ferré

La vie m’a doublé
C’est pas régulier
Pour un pauv’ lézard
Qui vit par hasard
Dans la société
Mais la société
Faut pas s’en mêler
J’suis un mec à part
Un’ grain’ d’ananar

On m’dit qu’j’ai poussé
En d’ssous d’un gibet
Où mon grand-papa
Balançait déjà
Avec un collier
Un collier tressé
De chanvre il était
Un foutu foulard
A gueul’ d'ananar

J’avais des copains
Qui mangeaient mon pain
Car le pain c’est fait
Pour êtr’ partagé
Dans notr’ société
C’est pas moi qui l’dis
Non c’est Jésus-Christ
Un foutu bavard
A gueul’ d’ananar

Si j’avais des sous
On m’demanderait: où
Les as-tu gagnés
Sans avoir trimé
Pour la société
Mais comm’ j’en ai pas
Faut lui dir’ pourquoi
C’est jamais peinard
La grain’ d’ananar

On m’dit qu’c’est fini
J’vous l’dit comme on l’dit
Et qu’on me pendra
Au nom de la loi
Et d’la société
D’la bell’ société
Qui s’met à s’mêler
De mettre au rancart
La grain’ d'ananar

Potence d’oubli
L’oiseau fait son nid
Messieurs les corbeaux
Passeront ma peau
Comme à l’étamis
Mais auparavant
J’aurai comm’ le vent
Semé quelque part
Ma grain’ d’ananar

CD ( Belle Saison Pour Les Volcans)

extrait sonore

Tout fout l’camp
Raymond Asso / Juel


Nous sommes maîtres de la terre
Nous nous croyons des presque-Dieu
Et pan! le nez dans la poussière
Qu’est-ce que nous sommes: des pouilleux
Et là-haut les oiseaux
Qui nous voient tout petits, si petits
Tournent, tournent sur nous
Et crient “au fou! au fou!”
Nous nageons tous dans la bêtise
Et l’on invente des drapeaux
On met des couleurs aux chemises
Sous la chemise y’a la peau
Et là-haut les oiseaux
Qui nous voient tout petits, si petits
Tournent, tournent sur nous
Et crient “au fou! au fou!”
Ecoutez le monde en folie
Vive la mort, vive la fin
Pas un ne crie vive la vie
Nous sommes tous des assassins
Et là-haut les oiseaux
Qui nous voient tout petits, si petits
Tournent, tournent sur nous
Et crient “au fou! au fou!”
C’est toute la terre qui gronde
Bonne saison pour les volcans
On va faire sauter le monde
Cramponnez-vous, tout fout l’camp!
Et là-haut les corbeaux
Qui nous voient tout petits, si petits
Tournent comme des fous
Et crient “à nous! à nous!”
La vie pourrait être si belle
Si l’on voulait vivre d’abord
Pourquoi se creuser la cervelle
Quand y a du bon soleil dehors?
Et là-haut les oiseaux
Qui nous voient tout petits, si petits
Tournent, tournent sur nous
Et crient “au fou! au fou!”
... Nous nageons
tous dans la bêtise
Et l’on invente
des drapeaux
On met des couleurs
aux chemises
Sous la chemise
y’a la peau...

(Cette chanson
a été écrite en 1939...)

CD ( Belle Saison Pour Les Volcans)

extrait sonore

 

 

Devenir vieux (Claude Semal)

Je n'écris plus ton nom sur le bandeau bleu des télégrammes
j'ai pu voir sans hurler brûler Beyrouth à la télé
Je me shoote au melon pour perdre cinq à six-cents grammes
J'ai perdu cinq ou six années sans faire un drame Apprend-on donc vraiment à accepter l'inacceptable
A répéter cent fois les mêmes mots insignifiants
Je t'aime moins souvent je passe plus de temps à table
ça doit être ça qu'on appelle devenir vieux Je n'écris plus ton nom sur le bandeau blanc de l'innocence
Tu portais ma chemise et moi j'avais le coeur à nu
De ces saisons naïves si j'ai sauvé mon insolence
Souvent je n'impose aux salauds que mon silence Apprend-on donc vraiment à supporter l'insupportable A façonner cent fois le même masque indifférent J'ai appris à tricher mais je joue les mains sur la table
ça doit être ça qu'on appelle devenir vieux Je n'écris plus ton nom sur le bandeau noir de l'aventure
Je n'offre plus ma vie à la première cause perdue
J'ai cloué mon vélo dans un club de musculature
Je vais parler dans les écoles de la culture Apprend-on donc vraiment à assembler l'invraisemblable
A renier cent fois tous nos serments d'adolescent
Si le monde à changé pour moi je suis resté semblable
ça doit être ça qu'on appelle devenir vieux
Si le monde à changé pour moi je suis resté semblable
ça doit être ça qu'on appelle devenir vieux
(CD Carnet De Doutes )
 

LES GENS QUI DOUTENT
(Anne Sylvestre)

J'aime les gens qui doutent
qui trop souvent écoutent
leur coeur se balancer
J'aime les gens qui disent
et qui se contredisent
et sans se dénoncer
J'aime les gens qui tremblent
que parfois ils nous semblent
capables de juger
J'aime les gens qui passent
moitié dans leurs godasses
et moitié à côté

J'aime ceux qui paniquent
ceux qui sont pas logiques
enfin pas comme il faut
Ceux qui avec leur chaîne
pour pas que ça nous gêne
font un bruit de grelot
ceux qui n'auront pas honte
de n'être au bout du compte
que des ratés du coeur
pour n'avoir pas su dire
délivrez-nous du pire
et gardez le meilleur

J'aime leur petite chanson
même s'ils passent pour des cons

J'aime les gens qui n'osent
s'approprier les choses
et encore moins les gens
Ceux qui veulent bien n'être
qu'une simple fenêtre
pour les yeux des enfants
Ceux qui sans oriflamme
et daltoniens de l'âme
ignorent les couleurs
Ceux qui sont assez poire
pour que jamais l'histoire
leur rende les honneurs

J'aime les gens qui doutent
mais voudraient qu'on leur foute
la paix de temps en temps
et qu'on ne les malmène
jamais quand ils promènent
leurs automnes au printemps
qu'on leur dise que l'âme
fait de plus belles flammes
que tous ces tristes culs
et qu'on les remercie
qu'on leur dise on leur crie
merci d'avoir vécu
merci pour la tendresse
et tant pis pour vos fesses
qui ont fait ce qu'elles ont pu

(CD Sawoura )

 

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