Un des sujets qui me fait le plus bondir, ces prétendus « princes » qui font bâtir des iles, des cités, des stations de ski couvertes, des horribles projets mégalomanes, tout ça avec les bénéfices du pétrole (responsable du déclin de la planète dans le conscient collectif) avec une main-d’oeuvre sous-payée et maltraitée, esclave de sa propre misère … je ne me souviens pas que les princes pouvaient se comporter ainsi, pour moi un prince c’est noble, élégant et généreux… encore la réalité qui ne correspond pas à mon vocabulaire, je le range où maintenant « prince »? Je ne crois pas qu’ils seront d’accord pour changer leur appellation ces minables nantis de Dubaï

Frank

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EMIRATS ARABES UNIS. L’intifada des travailleurs indiens

La révolte inattendue des travailleurs immigrés du sous-continent indien à  Dubaï montre combien leurs conditions de vie sont insupportables dans une des régions les plus nanties de la terre, constate le quotidien panarabe de Londres Al-Quds al-Arabi.

Après les récentes manifestations, à  Dubaï, des travailleurs indiens pour dénoncer leurs conditions de vie humiliantes, les autorités ont d’abord voulu les expulser. Mais elles ont finalement décidé de présenter à  la justice ceux d’entre eux qui avaient vandalisé des biens publics et privés. Les manifestations ne sont pas chose courante dans les pétromonarchies du Golfe, et encore moins de la part des travailleurs immigrés indiens, pakistanais, sri-lankais ou bangladais, qui constituent pourtant l’écrasante majorité des résidents de Dubaï. Les entrepreneurs les apprécient justement parce qu’ils ont la réputation de se soumettre à  leurs ordres et d’accepter des salaires extrêmement bas.Or, le 27 octobre, plus de 4 000 personnes sont descendues dans la rue, ont bloqué des routes d’accès à  la zone industrielle de Jebel Ali et ont jeté des pierres sur les voitures de police. Ils demandaient davantage de bus pour les amener sur leurs lieux de travail, des logements moins surpeuplés et des salaires leur permettant de vivre dignement. Car aujourd’hui, ils s’entassent tous les matins dans des véhicules plus adaptés au transport du bétail qu’à  celui des hommes, sont confinés dans des campements en plein désert et gagnent l’équivalent de 100 dollars par mois. Les responsables politiques estiment que leur sort relève du secteur privé qui les a embauchés, que cette grève constitue une violation des conditions dument établies dans des contrats de travail, et que tout cela relève de la loi de l’offre et de la demande sur le marché de la main-d’oeuvre…

Ces arguments sont justes dans la forme, mais dangereux sur le fond. Cela veut dire que le gouvernement légitime l’exploitation, voire le trafic, d’êtres humains et plie devant des hommes d’affaires sans pitié ni conscience, dont le seul but est d’accumuler des dollars sur leurs comptes en banque. Le résultat de leur avidité sans scrupule est l’insécurité et l’instabilité. Et c’est l’état qui en paie le prix. C’est donc à  lui d’intervenir et de promulguer des lois, d’établir un salaire minimum, d’améliorer les conditions de vie et de poursuivre les entrepreneurs coupables d’atteinte à  la loi. Dans un pays considéré comme l’un des plus riches, et où le cout de la vie est l’un des plus élevés au monde, est-il pensable de payer un travailleur 100 dollars par mois seulement ?

Il s’agit d’une sorte de signal d’alarme pour les gouvernements du Golfe. Ils ne devraient plus ignorer ce sujet explosif, alors qu’ils croulent sous les dollars grâce à  la hausse des prix du pétrole. Quand ces immigrés descendent dans la rue, cela veut dire que le volcan d’humiliation accumulée est entré en éruption et qu’une grande explosion se prépare. La main-d’oeuvre bon marché en provenance d’Asie forme [au moins] les deux tiers de la population dans toutes les monarchies du Golfe. Rien qu’aux émirats Arabes Unis, ils sont au moins 700 000 travailleurs émigrés. La langue arabe est marginalisée, au profit de l’ourdou et de l’anglais. C’est un sujet sensible, mais nous nous sentons le devoir de mettre en garde contre le tsunami qui menace les dirigeants et l’identité arabe de la région.

Il n’y a qu’une alternative. Soit nous acceptons de nous transformer en pays multiculturels, multiethniques et multireligieux, à  l’instar des états-Unis, du Canada, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, soit nous cherchons à  préserver notre identité arabe. Et, dans ce cas, il faut clairement assumer une politique de naturalisation. Il n’est pas normal que des ressortissants de pays arabes ou d’autres pays étrangers vivent ici durant plus de quarante ans avec l’épée de Damoclès d’une expulsion possible à  chaque instant, sans obtenir le statut de résident permanent, sans sortir du système de « tutorat » qui les maintient dans la dépendance vis-à -vis d’un autochtone pour le renouvèlement de leur titre de séjour, et sans que leurs enfants, qui sont nés dans notre pays et en ont adopté les coutumes, ne puissent ni acquérir la nationalité ni même le droit de se faire soigner dans les hôpitaux publics.

Dans les autres pays du Golfe non plus, ces travailleurs ne peuvent pas faire venir leurs familles, faute de salaire suffisant, ce qui provoque désordres en tous genres, viols, homosexualité et maladies dangereuses pour la société. Récemment, le ministre américain du Travail est allé au Koweït pour dire que cela devait changer. C’est nouveau et cela risque d’être suivi bientôt par des pressions internationales visant à  imposer des naturalisations massives. N’oublions pas que l’Inde est une grande puissance économique et militaire. Elle n’acceptera plus longtemps le sort fait à  ses ressortissants. Dans le Golfe, on méprise et on se moque de ces travailleurs indiens, mais les voilà  qui relèvent la tête. Car ils appartiennent à  un pays qui fabrique des fusées transcontinentales et des ordinateurs dernier cri, alors que nous autres Arabes ne sommes toujours pas capables de produire nous-même nos keffiehs et djellabas.
Abdel Bari Atwan

Par Rue89 18H56 19/08/2007 Les passagers d’un vol d’Air France à  destination de Lomé ont réussi à éviter l’expulsion de deux sans-papiers jeudi. Témoignage.

 

Deux sans-papiers qui devaient être expulsés vers Lomé, au Togo, ont obtenu un répit grâce à  la solidarité d’une partie des passagers du vol d’Air France. Cette procédure d’expulsion, en voie de banalisation, devient vite insupportable, inacceptable lorsqu’on se retrouve embarquée dans cette galère peu reluisante. C’était mon cas, et voici mon témoignage.

Aéroport Charles de Gaulle, terminal 2C. Vol AF848 en partance pour Lomé, 13h20 le jeudi 16 août. Pour une fois il fait beau à  Paris, et là  où l’on va le soleil nous attend, vacances?! Ce vol d’Air France à  destination du Togo est quasiment complet, beaucoup d’entre nous profitent de l’été pour rendre visite à  la famille.

Mais lorsqu’on monte dans l’avion, notre humeur de vacanciers est vite plombée: place à  la violence policière propre à  la politique menée depuis quelques années par le ministère français de l’Intérieur en matière de reconduite à  la frontière des sans-papiers. Car pour tous ceux qui sont placés à  l’arrière de l’appareil, après le sourire des hôtesses, ce sont des cris sourds, des grognements qui nous accueillent. Des plaintes qui proviennent des dernières rangées du milieu.

Très vite, les protestations fusent

Je distingue le visage d’une jeune femme noire, visiblement entravée, en souffrance. Elle est entourée de deux hommes costauds, debout autour de son siège, ils essaient de la maintenir en position assise, ils portent des gants comme pour se protéger. Ce sont des policiers en civil. Chair de poule. Me voilà  en état de choc, non pas dans un mauvais scénario mais dans la réalité “hélas en voie de banalisation“ d’une expulsion forcée.

La colère monte en moi, mais il faut parer au plus pressé : expliquer à  mon enfant âgé de 5 ans ce qui se passe. Devant nous, une petite fille pleure déjà. Autour, l’énervement le dispute à  l’incrédulité. Très vite, les protestations fusent. « Pas question de supporter ces cris pendant six heures de vol », en écho : on a payé assez cher pour voyager sur Air France, on veut un vol dans des conditions normales. Considérations sanitaires d’un passager âgé de plus de 50 ans : « Je suis cardiaque, je ne veux pas risquer un accident cardiovasculaire. »

Les langues se délient. En mina de préférence. Dans ce patois parlé à  Lomé (dérivé de la langue ewé) les hommes s’interpellent et le ton monte. Et il n’y a pas que des réactions de « clients de la compagnie Air France », mais aussi tout simplement de l’indignation. Nous voilà  complices par la force d’une politique et d’une procédure d’expulsion que la plupart d’entre nous réprouvent.

Un policier passe pour faire un peu de « com ». Plutôt sympa, il nous explique la situation : « Cet homme et cette femme a priori originaires de République démocratique du Congo sont arrivés avec de faux papiers, ils sont là  depuis douze jours, alors on est obligés de les ramener par la compagnie sur laquelle ils sont entrés en France et dans le pays d’où ils sont partis. »

« Si vous ne leur donnez pas de papiers ils sont bien obligés d’en acheter des faux », rétorque mon voisin, goguenard. Les échanges sont encore polis et le rire qui ponctue les commentaires faits en français ou en mina trompe peut-être le « gentil » policier venu calmer le jeu. En fait, la tension monte.

Un couple part négocier avec le commandant de bord

Dans le fond, les geignements continuent, une passagère psychologue parle doucement à  la jeune femme pour la calmer mais elle explique qu’elle veut rester en France à  tout prix, pas question pour elle de retourner en RDC. Son compagnon d’infortune a ses habits déchirés. Leur rébellion a contaminé l’ensemble des voyageurs installés à  proximité.

Deux enfants voyageant seuls, à  deux pas des deux malheureux, sont en larmes. Pères ou mères s’insurgent. Le personnel naviguant est visiblement de plus en plus en difficulté pour gérer la situation. Bien avant que la colère ne gronde, des passagers ont entrepris une démarche discrète. M. et F., un couple franco-togolais qui rentre chaque année au pays, sont allés voir le commandant de bord, pour exiger qu’il fasse débarquer ces passagers « malgré eux ». Lui seul a le pouvoir de débloquer la situation.

Quand il arrive enfin pour constater de visu une ambiance survoltée, les passagers sont partagés entre le soulagement d’avoir un nouvel interlocuteur de poids, et l’exaspération face à  des policiers bien décidés à  mener leur mission jusqu’au bout. « Vous verrez, quand on aura décollé, ils vont se calmer, on a l’habitude », proclame l’un d’entre eux. Comme si nous avions envie de nous « habituer » à  l’inacceptable?!

La patrie des droits de l’Homme en prend un coup dans les propos tenus par les plus remontés. Un jeune homme s’énerve. Son aîné demande du champagne pour tout le monde?! Rires à  nouveau. Un passager utilise son portable pour prendre des photos. Un autre prend à  partie une policière noire de peau : « Comment pouvez-vous infliger ce traitement à  vos frères?? »

L’échange est poli mais tendu. « Je ne suis pas raciste », répond-elle. « Je ne vous ai pas accusée de racisme », rétorque le passage. Enfin la décision du seul maître à  bord, le commandant, tombe : les sans-papiers sont débarqués. L’opération d’expulsion par la force est annulée. Vague d’applaudissements. On a réussi?!

La PAF monte à  bord, et débarque quatre passagers

Réussi quoi, au fait?? Les deux expulsables seront sans doute acheminés sur un autre vol. À moins que ce répit ne leur offre une nouvelle chance. On a réussi au moins à  prouver que la protestation, ça marche. Une mauvaise joie qui devient vite amère, car la PAF (police de l’air et des frontières en habit) est appelée en renfort. Douze à  quinze agents montent à  bord.

Démonstration de force à  l’égard des vilains passagers solidaires. Quatre d’entre nous sont débarqués : le voisin immédiat des sans-papiers “dont le seul tort est de ne pas avoir supporté l’insupportable imposé par l’attribution des places au moment de l’embarquement“, le photographe, celui qui a pris à  partie la jeune policière noire, ainsi que le jeune homme le plus énervé.

Pour eux, il y a un prix à  payer : garde à  vue assurée, poursuites judiciaires éventuelles pour « trouble à  l’ordre public » ou « outrage à  agent de la force publique », difficulté à  conserver des papiers s’ils n’ont pas la nationalité française, et une perte sèche pour le voyage : leur billet est définitivement perdu, « ils risquent même d’être classés indésirables sur les vols d’Air France », explique le commandant.

Constant dans sa volonté d’apaisement, il revient nous voir après le décollage pour expliquer la position d’Air France, “de fait réquisitionnée par le ministère de l’Intérieur, ses devoirs en tant que commandant de bord, et bien sûr son devoir de réserve sur ses positions personnelles?! Commentaire moins politiquement correct de l’un des membres de l’équipage : depuis la présidentielle, les mesures de rétorsion à  l’égard des passagers solidaires des expulsés sont de plus en plus courantes.

Révoltés par la procédure d’expulsion, écœurés par le sort réservé à  quatre d’entre nous (dont nous ne connaissons même pas les noms!), nous décidons de ne pas en rester là . Un projet de lettre ouverte à  Air France circule, rendez-vous est pris à  Lomé pour finaliser le texte. Étonnamment, plusieurs membres de l’équipage nous encouragent : « Faites-le savoir, nous ne pouvons rien dire, mais franchement, on n’en peut plus. » Des propos livrés bien sûr sous couvert d’anonymat.

Domyovo, passagère du vol AF 848