Le Corps OU (ET ?) l’Esprit par René Liégois

A propos des résultats de la Belgique aux J.O.
Les Jeux Olympiques de Pékin auront eu leurs prémisses et leurs retombées à tous les niveaux, locaux, nationaux, internationaux, presque universels et dans de nombreux domaines y compris en politique. Ce fut l’occasion, pour certains, une main sur le cœur, de montrer du doigt les défauts du voisin Chinois pour mieux occulter les siens.
Chez nous, dans notre petit Etat « Belgique », bien que nos résultats ne soient pas si mal, les réactions ne se sont pas fait attendre. Parmi celles-ci, suite aux déclarations de certains « frustrés de la médaille », la prise de position de notre Ministre Communautaire de la Jeunesse (et de l’Enseignement de Promotion Sociale), Marc Tarabella, qui propose de remplacer les cours dits « philosophiques » par des activités sportives.
Comment ose-t-il ? Alors que le Sport est de la compétence de Michel Daerden et l’Enseignement Obligatoire de celle de Christian Dupont ? Ces derniers ont, par ailleurs, évoqué leur position à ce sujet.
Presque d’un revers de la main, notre Ministre de l’Enseignement Obligatoire a balayé cette proposition en invoquant la « constitutionnalité » des cours philosophiques, « les bouleversements d’horaires » que le changement occasionnerait et surtout la crainte de « rouvrir le dossier » (du Pacte scolaire ?)
Parlons-en ! Une expérience de 40 ans dans l’enseignement, à différents niveaux, mais surtout dans le fondamental, avant et pendant le Pacte Scolaire, la participation à des recherches en Belgique et à l’étranger, la mise en place et le fonctionnement de Projets Pédagogiques innovants (dont le cycle 5-8 mais il y a plus de 30 ans !)  me permettent aujourd’hui de prendre la plume pour vous livrer quelques réflexions à propos de la suggestion de Marc Tarabella et des oppositions à celle-ci.
« Remplacer les cours philosophiques par des cours ou des activités sportives est contraire à la Constitution » ? Bien sûr, puisque l’Article 24  §1er  stipule que « les écoles organisées par les Pouvoirs Publics offrent, jusqu’à la fin de l’obligation scolaire, le choix entre l’enseignement d’une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle. […] Tous les élèves soumis à l’obligation scolaire ont droit, à charge de la communauté, à une éducation morale ou religieuse ». Cet article a été mis en application par la loi du 29 mai 1959 (Pacte Scolaire) pour mettre fin à ce que l’on appelait « la guerre scolaire ». Depuis 50 ans, les paramètres ont bien changé et d’autres « guerres », des vraies celles-là, sollicitent notre attention.
Mais prenons acte : ne modifions pas (pas encore) le Pacte Scolaire. Seulement, je rejoins Marc Tarabella lorsqu’il souligne que l’éducation religieuse, morale, philosophique est du domaine du privé et que le temps scolaire, si précieux, doit être consacré prioritairement aux exigences du domaine public (voir le Décret Mission du 24 juillet 1997 entre autres). Maintenons donc les cours dits « philosophiques », mais rien, ni dans la Constitution, ni dans le Pacte Scolaire, n’oblige les Pouvoirs Publics à intégrer ces cours dans l’horaire minimum des enfants. Au contraire, l’Article 6 du Pacte Scolaire permet un aménagement : « A condition de respecter un programme et un horaire minimum légalement fixé, chaque Pouvoir Organisateur jouit pour son réseau d’enseignement et même pour chaque institution d’enseignement, de la liberté d’aménager ses horaires, sous réserve d’approbation ministérielle, en vue d’assurer le niveau des études, d’élaborer ses programmes. Chaque Pouvoir Organisateur est libre en matière de méthode pédagogique. ». Et même si l’Article 8 dit que « l’horaire hebdomadaire comprend au moins deux heures de religion et de morale », rien ne précise si ces deux heures doivent être incluses dans l’horaire hebdomadaire minimum. Ainsi, les mercredis après-midi (jadis le jeudi, congé de mi-semaine prévu à l’origine pour l’éducation religieuse) ou les heures « d’études » après les cours ordinaires, qui posent parfois problème pour les parents, seraient le moment idéal pour les deux périodes de cours philosophiques, libérant deux heures ailleurs pour le sport que les enfants pratiqueraient ENSEMBLE. Le poids budgétaire serait les deux heures de sport compensées en partie par la récupération des heures de garderies (mercredi, études).
Quant au « bouleversement horaire »,  je vous invite à consulter ce « monstre surréaliste » qu’est la circulaire sur l’organisation des cours philosophiques (www.enseignement.be dans Système scolaire – Structures de l’enseignement – Les textes fondamentaux – Décret du 13 juillet 1998) ; une page entière de journal ne suffirait pas pour une tentative d’explication à des profanes ! Sachez seulement qu’au moment des dits cours, le groupe classe explose en 6 sous-groupes (morale non confessionnelle, religions catholique, protestante, israélite, islamique et orthodoxe) ; que quelquefois les groupes les plus nombreux ont droit à un dédoublement et les autres pas, au même moment ; que l’horaire des disponibilités des professeurs spéciaux (les pauvres !)  couvre plusieurs écoles et, très souvent, détermine ainsi l’organisation des horaires en dépit de l’organisation générale de l’école et de son projet pédagogique, etc… etc… Vous avez dit « bouleversement horaire » ?
Et encore, s’il ne s’agissait que de bouleversement horaire ; depuis le temps que les directions des écoles publiques doivent s’y adapter, chacun a ses « ficelles ». Plus sérieux (et plus insidieux) est l’effet sur le Projet d’Etablissement et sa philosophie de base lorsque ceux-ci, s’inspirant des Décrets, se donne pour objectif (entre autres) de rassembler les enfants dans leurs différences, de leur donner une conscience citoyenne d’appartenance à l’humanité multiforme et, au moment des cours philosophiques, de diviser le groupe en six sous-groupes étanches en fonction d’une appartenance religieuse ou philosophique, où sont développées des valeurs dont la complémentarité n’est pas évidentes pour des enfants de 6 à 12 ans. Au contraire de cette « discrimination », la pratique du sport, individuel ou en équipe, conduit plutôt à une prise de conscience de l’autre et à une éducation qui rassemble, transférable dans la vie quotidienne.
D’autre part, n’avons-nous pas entendu de la part d’un haut responsable, à l’occasion de la clôture de ces Jeux Olympiques, cette aberration qui consiste à séparer le corps de l’esprit ! A ce propos, et pour conclure, je me contenterai de citer un bref sous-titre de l’ouvrage de Antonio R Damasio – L’erreur de Descartes : « Pas de corps, pas de représentation mentale ». Dans sa brièveté cette citation nous montre bien l’unité de l’être et l’importance qu’il faut attacher au développement harmonieux du corps ET de l’esprit surtout dans les années « fondamentales » de l’éducation des enfants. Alors travaillons à libérer le corps pour libérer la pensée.
René LIEGOIS,
Instituteur, directeur, chercheur retraité mais en éveil et infatigable.

  • DUBAïbel
  • Electrabel et l’énergie nucléaire
  • Miss SDF
  • L’actualité et la bêtise
  • Gaza ou le silence de l’Occident
  • Tagués avec : , , , ,

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    *

    *